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L’économie circulaire dans l’industrie textile

La facture environnementale et sociétale est très lourde

Depuis les années 1990, la fast fashion a accéléré le rythme des collections, augmentant la mise sur le marché de produits dans les pays en développement. La surproduction génère une extraction massive de ressources qui n’est pas soutenable. L’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde derrière la pétrochimie dont elle dépend.

Une surproduction

En France, 2,6 milliards textiles, linges de maison et chaussures sont mis sur le marché tous les ans, soit environ 9,5kg par an et par habitant. En 2017, 3,4kg de textile, linge de maison et de chaussure par habitant ont été collectés, soit seulement 36% du gisement potentiel.

Une grande dépendances aux énergies fossiles

Entre 7 000 et 11 000 litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’un jean, soit 285 douches.  L’impact en eau de tous les vêtements consommés dans l’UE en 2015 s’élève à 46 400 millions de m3.

Le secteur textile est fortement dépendant des énergies fossiles, puisque les fibres synthétiques (polyester, polyamide…voir encadré sur les fibres textiles) sont issues du pétrole. Le polyester représente aujourd’hui 60% des fibres actuellement utilisées et son usage devrait doubler d’ici à 2030.

L’industrie textile génère également diverses pollutions lors de la production des fibres tel que l’usage de pesticides et fertilisants pour le coton qui représente 26% des fibres utilisées aujourd’hui  pendant la production (eaux de teinture chargées de produits toxiques) et pendant l’usage comme les microfibres plastiques déversés in-fine dans les océans

Au rythme actuel, d’ici 2050, nous aurons déversé plus de 20 millions de tonnes de microfibres plastiques dans les océans.

La production et le transport des textiles génèrent 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit davantage que tous les vols internationaux et les transports maritimes réunis.

Cette forte tension sur les ressources et les pollutions associées vont s’aggraver puisque la production de vêtements devrait tripler d’ici à 2050.

Le recyclage complexe des textiles

Les possibilités de recyclage varient d’une fibre à l’autre. Le recyclage mécanique du coton est maîtrisé, mais il dégrade la qualité de la fibre et les nouveaux vêtements ne peuvent contenir que 20% de fibre recyclée.  En revanche, la laine peut être recyclée plusieurs fois

En boucle fermée

Les textiles à base de fibres mélangées (coton/polyester/élasthanne par exemple) sont plus difficiles à recycler car les procédés ne sont pas les mêmes selon les fibres qui ne peuvent être recyclées chimiquement sans être séparées au préalable. Or, ces mélanges sont de plus en plus répandus dans les vêtements de la fast fashion: le système actuel favorise donc une mode jetable. Les solutions de recyclage en boucle fermée sont donc encore balbutiantes

En boucle ouverte

En boucle ouverte, la fibre la plus facile à recycler est le polyester: le polymère est transformé chimiquement en monomère avant d’être retransformé en fibres, mais qui sont le plus souvent recyclées en isolants. Afin de recréer du textile, le polyester recyclé est principalement issu d’autres secteurs, notamment de bouteilles en PET20.

Les solutions existantes de recyclage ne permettent donc pas de compenser les dommages environnementaux causés par l’industrie textile. Il est urgent de ralentir l’extraction de matières et de repenser l’usage des ressources mobilisées.

L’économie circulaire

L’économie circulaire vise à découpler la création de valeur de notre impact sur l’environnement. Elle implique la mise en place de nouveaux modes de conception, de production (éco-conception, écologie industrielle et territoriale, économie de fonctionnalité, etc.) et de consommation plus sobres et efficaces. Elle invite également à considérer les déchets comme des ressources.

Éco-conception : design et approvisionnement

Les choix stylistiques peuvent considérablement limiter l’impact environnemental d’un vêtement et améliorer sa circularité. D’abord, la forme: en production, la découpe des pièces de chaque vêtement génère entre 20 et 30% de chutes de tissus. Si les designers repensent la coupe de nos vêtements, ils peuvent optimiser l’usage du tissu, voire créer des patronages zéro déchet, sans chute de tissu. Les imprimantes 3D peuvent également être une piste pour ajuster le vêtement au plus près du besoin des clients.

Le choix du tissu, des accessoires (boutons, rivets…) et des motifs ont des conséquences sur la fin de vie du produit (désassemblage et recyclage). Un jean ne peut être recyclé qu’à 30% en raison des nombreux points durs (coutures) et des accessoires en métal. La marque de jeans français 1083 propose par exemple des jeans pour enfants conçus pour être réparés, avec des jambes démontables en cas d’accroc aux genoux. De plus, privilégier les tissus mono-matière facilite le recyclage, tout comme le fait de substituer les imprimés à base d’encres synthétiques par des motifs tissés ou brodés.

Les fibres Naturelles

Un approvisionnement durable permet également de réduire l’impact environnemental et facilite la circularité du produit. Le coton conventionnel est la deuxième matière la plus utilisée après le polyester. Son impact environnemental peut être réduit par l’usage du coton biologique utilisant moins de fertilisants chimiques et de pesticides. La marque d’outdoor Patagonia a commencé à sourcer 100% de son coton bio en 1996. D’autres fibres naturelles moins répandues sont beaucoup plus vertueuses pour l’environnement: comme la laine ou la culture du lin ne nécessite pas d’irrigation, peu d’intrants, pas d’OGM. Cette plante pousse dans le nord de la France, en Belgique et aux Pays-Bas. Le chanvre présente des propriétés similaires.

Les fibres artificielles

Parmi les fibres artificielles, le lyocell est produit avec de la cellulose d’eucalyptus et est préférable à la viscose car les solvants naturels non toxiques permettant de transformer le bois en fibre sont recyclés à 99%. Ainsi, les polluants ne sont pas reversés dans les eaux usées.

L’usage des fibres synthétiques doit être réservé aux produits pour lesquels elles ne sont pas substituables, comme les équipements sportifs et les vêtements outdoor. L’usage de fibres recyclées est plus vertueux, même s’il ne résout pas le problème des microfibres plastiques et doit donc être accompagné d’une stratégie de récupération des microfibres dans les eaux usées à tous les stades (production, usage, déchet). De plus, de nouvelles pratiques peuvent réduire l’impact lors des phases d’ennoblissement, de teinture et de finitions: 1083 procède au délavage des jeans au laser au lieu du délavage par sablage.

La teinture

Une teinture intégrée avant le filage permettrait d’économiser 90% d’eau. Il est possible d’utiliser des teintures végétales comme l’entreprise Archroma qui utilise des coquilles et feuilles de noix non comestibles. Les recherches portent sur le potentiel d’utilisation de molécules issues du vivant pour ennoblir les textiles: des bactéries produisent les pigments, évitant l’usage de grandes quantités d’eau et de produits chimiques de teinture. Pour l’ONG Greenpeace, l’élimination des produits chimiques toxiques est un préalable à la circularité de bonne qualité.

L’éco-conception est donc un levier essentiel pour limiter les dommages environnementaux lors de la production des vêtements et dans la gestion de leur fin de vie.

Allongement de la durée d’usage

La production et le transport des produits textiles sont les phases ayant le plus fort impact environnemental. Un des leviers d’action principaux pour réduire l’empreinte du secteur est de réduire l’achat de vêtements neufs et donc d’allonger au maximum la durée d’usage de chaque vêtement en proposant des vêtements de qualité et sortir de la logique de fast fashion, avoir des vêtements multi-usages ou multi-fonctions ou encore avoir la possibilité de réparer soi-même son vêtement.

L’économie circulaire propose des solutions permettant à l’industrie de la mode de relever le défi environnemental sans renier ce qui fait sa spécificité: la créativité, le design et le bien-être des usagers.

Source: l’économie circulaire dans l’industrie textile

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